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Une modeste salle à la lumière blanche d’un pole emploi parisien. La session de recrutement pour les magasins de la Fnac débute. L’arrivée des postulants se fait en groupe d’un seul tenant, une dizaine de personnes, étudiantes pour la plupart, prêtes à entendre les deux truffes de la boîte d’intérim expliquer l’alpha et l’omega des métiers de vendeurs et de caissiers. Le premier, d’une banalité effrayante dans son pantalon en Tergal, sa chemise bleutée et sa coupe en brosse, se tait et se met sur le côté, comme pour mieux souligner sa molle prestance, rappeler son indifférenciation qui m’empêchera de me souvenir de sa tête, déjà perdue parmi d’autres têtes de gestionnaires de ressources humaines, tellement interchangeables. L’autre, sûre d’elle, à la limite de l’arrogance, dirige la séance. Elle commence par un bref historique d’un intérêt prodigieux sur l’histoire de l’entreprise d’intérim à laquelle elle semble fière d’appartenir. « Troisième groupe mondial quand même » dit-elle, étonnée quand elle apprend notre ignorance sur Randstad. Endormi malgré les inflexions agressives de sa voix, je peine à considérer ses paroles comme dignes d’écoute. Puis elle insiste sur la spécificité des boîtes d’intérim qui, contrairement à ce que je pensais, ne favorisent pas l’exploitation par différents types de contraintes mais laissent libre cours à l’individu en laissant s’épanouir sa flexibilité. Merveilleuse découverte que cette matinée m’a permis d’entrevoir : des inepties naturalisées, dont l’évidence n’est jamais remise en question et qui, par conséquent, sont acceptées paisiblement par des individus qui ne s’étonnent pas le moins du monde de cette kyrielle de contraintes. Horaires changeants, pas de magasin fixe, impératifs commerciaux drastiques, cadre de travail impliquant une souplesse extraordinaire ; le travail temporaire aurait commencé dans les années 70 pour les emplois de la sidérurgie. Il est toujours surprenant de constater que derrière les tartufferies hilarantes et ostentatoires cherchant à moraliser le capitalisme, l’époque actuelle réussit à faire disparaître le bon sens moral, à annihiler toute résistance face à cette avalanche de bizarreries professionnelles en les considérant comme allant de soi. Car derrière cette nouvelle servitude volontaire se cachent tout autant l’anéantissement de la présence à soi -plus subi que choisi- que l’inéluctable besoin financier destiné à maintenir et à rendre désirable la seule vie qui vaille : celle qui se vautre dans la consommation.
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Merci pour cet article, révélateur pour qui n'a pas peur d'y lire les déboires d'une société...