Mercredi 2 septembre 2009
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"Parfois je me demande si je ne m'abuse pas moi-même, me croyant subtil et pénétrant
; que toutes ces réflexions, ces choses observées dehors, ces informations des journaux, si je les agençais comme elles doivent l'être, simultanément et sans rien m'en dissimuler, précipiteraient
en une évidence à quoi je n'avais pas le courage de me rendre ; que ces calamités nouvelles et multipliés sous le soleil, ces statistiques aberrantes, cet enlaidissement inouï jusqu'à en être
étrange, ces phénomènes à quoi on assiste sans en apercevoir les causes et plus généralement ce cours violent des événements comme une avalanche ; que cette impression de nullité, de vie
artificielle au sein d'un temps mort, cette absence complète de toute idée vers l'avenir, cette inintelligibilité universelle où même le présent se dérobe à nos sensations, où l'on ne trouve
aucune trace de son propre passé, où toute aura a disparu des visages, où l'on ne croise que les regards de cas désespérés à qui on ne l'a pas dit ; si tous ces intersignes que j'interprète
funestes, cette multitude et variété de prodiges et de présages horribles, où je crois lire les prémices d'un effondrement toujours imminent du système de la vie terrestre, les tristes
symptômes d'une détérioration peut-être irréversible de l'âme humaine ; ne sont pas plutôt le résultat de cet effondrement et de cette mutilation ; si nous ne survivons pas en fait posthumes à la
fin du monde qui a déjà eu lieu ; ac zombi."
(Baudouin de Bodinat, La vie sur terre, Editions de l'encyclopédie des
nuisances, 2008, p. 83.)
J'imagine qu'il y a une contradiction en citant l'extrait d'un tel texte et sa publication numérique. J'en prends acte, préférant faire connaître des ouvrages superbes plutôt que de les recouvrir
de silence.
Par Samuel
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